Pale Cupid: I am geysers, craters, belly-of-the-earth.

Language: French
Poet: Lucie Thésée
Translator: Robert Archambeau and Jean-Luc Garneau

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Pale Cupid: I am geysers, craters, belly‑of‑the‑earth.

Two poems by Lucie Thésée, translated by Robert Archambeau and Jean‑Luc Garneau
Lucie Thésée was a teacher in Martinique and in the 1940s was associated with a group of Surrealist and Négritude writers who gathered around Aimé Césaire and the journal Tropiques.
Robert Archambeau’s books include Home and Variations (Salt), Laureates and Heretics (Notre Dame), and The Poet Resigns: Essays on Poetry in a Difficult Time (Akron).
Jean-Luc Garneau is a linguist based in Chicago and the author of La rivère des morts (La Plume d’Oie).

Poème

Les bennes de ma tête bâillant
Partie dans un grand air bleu me revoilà pour la minute fugitive
un tronçon de tujau d’égout
béant à ciel ouvert,
tout y passé, ma vue parallèle de tuyao
a tout happé.
Qui donte maintenant de mon éternité?
moi dont l’oeil pré-natal assiste
au bain eternal des frondaisons compactes dans le fleuve houleux
dans le fleuve fecund de vies féroces, de vies colossales
dans le fleuve des crocodiles et des hippopotames.
Qui donte de mon éternité moi dont le corps
S’est recrocquevillé quand les clous cupids s’enfonçaient
cyniqeument, sinistrement dans ma chair pré-natal de déracinée
et la marquaient indélébilement, ma chair vierge
de ‘makanguia’ riche des bruits soyeux de jadis et des
senieurs retrospectives de la forét équinoxiale
mon bien primitif,
ma chair rouge-noir, vierge encore de tout nombre.
Apaise-toi ma fronde de rose dynamitée, vengeance est faite:
Mon éternité est.
Pourquoi ne m’y prélasserai-je pas? Je vous le demande, moi dont le coeur
de filao gonflé de sève d’impossible en musant dans ses aigrettes vertes
fait chanter le vent
moi dont les antennes de filao jaillissent à l’assaut d’un ciel de frissons.
Qui a voulu me voler mon éternité
O Mort, la vie ne ricane pas, elle rit et elle aime
elle aime en riant et c’est elle qui tue en riant.
Qui tue tous sec esciocs ai coer vague et flasque
O toi qui n’as même pas pu être un miserable.
Qui dit encore que le temps ne m’appartient pas?
moi qui m’étrille à meme l’échine du soleil
et l’embrasse et le baise de ma langue de flame.
L’essence souveraine de mon étrave voyuant la rage aux soutes
sur l’écume de l’injuste et du crime
allume les 89, les 48, les 45
embrasant l’horizon à terme de fraternité et d’amour.
Et maintenant pouffez de vos joues jouflues de graisse
blêmes indigents de la nue
Je suis jeysers, cratère, ventre de la terre au fond de la terre
Je lance la flame, attrapez-la au vol de mes rires, au vol de mes douleurs;
J’injecte la chanson, je perpétue frissons et frémissements fleurs d’éternel.
Eternité, je suis Liberté

Poem

My head — a set of trash cans, open — gawps:
I am a drain pipe
Gaping wide,
And the blue day funnels through me.
I suck down everything.  All of it.
Who doubts my eternity now?
A river, prodigal, roiled with ferocious lives—
You crocodiles, hippopotami — all of it, I suck it down.
Who doubts my eternity now?

My unborn eye.
My coiled and unborn flesh, fetal, without race, without color,
Unborn, when Cupid’s little stinging dart
Cut in.  The little cynic!  My virgin flesh,
Unborn, was marked: dark.  A makanguia,
Dark with the silky noises of a past
In the darker forests, rich
In a primitive unborn wealth.
Unnumbered.  Unnamed.  Unborn flesh — red-black:
A sling of plucked rose petals, dying.  Vengeance
Was his: my eternity started.
Why not strut in it?

Why not?  I’m asking you.  Why not me?
Me, my heart-sap thick as a filao-tree’s,
Thick with the sap of the impossible
Under green fronds singing in wind.
Me, who skin spikes out filao-tree needles, shivering.
Who said eternity’s not mine?

My life doesn’t giggle: my life is she
Who kills while laughing.
You, who can’t even muster your misery,
You doubt eternity can be mine.
I’ll comb my hair with the backbone of the sun.
I’ll kiss fire, I’ll sail to those ships’ holds,
Those crimes on the foam of the waves,
Those crimes between the sea’s two horizons:
Liberté, égalité.
Fat cheeked little beggar in the clouds,
Pale Cupid: I am geysers, craters, belly-of-the-earth.
I throw flame in the flight of my laughter,
I take in everything, drink down song.
I’ll shiver and quake with endless flowers blooming.
Eternity, anyway? I’m Liberté.

Profonde allégresse

Le balcon couvert de tuiles en verre dépoli du vieux manoir est éclairé ce soir; sa lumière diffuse, clignotante dans la futaie ne surprend àme qui vive aux alentours: la longue dame noire ne descend-t-elle pas souvent au vieux manoir quand la lune s’affirme le seul oeil du ciel?  Aussi repose-t-elle, la longue dame noire, pour le voisinage, sur un lit de legends.

Dans un léger déshabillé qui dresses a carnation chocolate brun, la dame avec le calme imperturbable de l’éternité se promène sur le balcon; de temps en temps son gros chat tout noir lui tombe dans les jupes en miaulant calinement, c’est que la luminescente face de la lune—une face de mort—trouble profondément la bête dont le geste arranche la longue dame à sa froide meditation.

La dame noir prend alors la bête dans ses bras et à rebrousse poi, lui passe les doigts dans la fourrure pour lui saisir la tête à pleines mains; maintenant elle vient de deposer le chat et, lui mure avec un bref haussement d’épaule: “Tu avais peur m’a-t-il dit… il ne s’est donc pas douté une minute que ma vie est pour lui… l’envie de me ravir mon soufflé n’effleura pas son couer.  Il alluma une cigarette…” et le plus subtile sourire humanise son visage.

L’animal nullement surpris continuerait son manège mais la dame noire va faire de la lumière aux pieces de l’étage tandis qu’elle éteint celle du balcon pour reprendre sa promenade.  Ellse s’arrête fréquemment aux extrémités du balcon comme pour guetter une arrivvée… mais de guerre lasse elle s’accoude à la balustrade la tête dans les deux mains flottant à travers la tropicale musique d’une évlatante nuit de line, la tête prise aussi dans sa proper nuit… et naturellement malgré l’heure très avancée, pas un ne s’étonnerait: n’est-ce pas la longue dame noire?  Le jour pourrait bien la rencontrer là, à la meme position…

Rapture: The Depths

The one-eyed sky: the moon-sky, its light on the tiles of the ruined plantation veranda.  And she who comes here often, that black woman, long-boned, slender — long bones stretched on a bed rigged out of scraps and village legends.

Long bones, slight — and chestnut-bronze and unadorned, her skin; her clothes a muslin filigree.  Darkness in the dark skirt’s folds, her cat mewls for that dead man’s face, the moon:  Long Bones knows the face it sees.

Long Bones runs long fingers through the cat-fur, forehead first, against the grain, suffers the cat-eyed gaze a while.  A brief shrug, a flexion of the neck and shoulders. “He wouldn’t take me, he said ‘you are afraid,’ he lit his cigarette…”

Darkness in the Dark is not surprised, would suffer her fingers in his fur some more.  But Long Bones paces in the light of the one-eyed sky, veranda-length, veranda-length again, to pause, as if to wait for someone, as if to hope.  Late, and yet late.  If anyone saw, no one would ask: isn’t it Long Bones, dark in dark?  No one would ask.  She comes here often.  Day will find her.  No one else.