Once resuscitated, I will be a book.

Language: French
Poet: Sarah Kernya
Translator: Virginia Konchan

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Once resuscitated, I will be a book.

A poem by Sarah Kernya translated and with an introduction by Virginia Konchan

“Nothing is clear when you are perpetually ‘in search’ of something,” as Julia Kristeva says. “Elles Cherchent” (“They Are Searching”), an excerpt from a French poetry collection by Marseilles-based poet Sarah Kernya (pictured left), entitled Rappel (Bleu du ciel, 2007), creates a poetic volta—and theatrical denouement—to Kristeva’s observation. A collection of cartographic poetics set in a post-9/11 international landscape of fear, Rappel forges historic lineages and paths forward into signification out of the miasmas of global capitalism: “Elles Cherchent” interpolates the daily habitus of an individual life with the exigencies of relationship, with the ghosts and living ecrivains of French literature (Simone de Beauvoir, Pascale Roze, Elsa Triolet), as constellated in the moving epistolary fragments between the speaker and her female mentor and muse, Huguette. Restoring to contemporary poetics the Sapphic powers of granting names and social legitimacy to women outside of patrilineal structures (“Seven percent of the Goncourt prizewinners are women”), the speaker claims to “pretend to be an animal of significance,” while, through the very act of remembrance and marking (of ancestral and literary relations) in fact enacts her own, and others, right to be present, and occupy space, however futile the socio-political endeavor may seem at times (“Thirty years since Allende shot / a bullet into his head, / rather than surrendering”) in a new republic of her own making: that of poesis (specifically la langue of French letters, from the Song of Roland to Christine Pizan to Baudelaire) restored.

–Virginia Konchan

A professional actor by training, Sarah Kernya organizes many readings with actors and other poets including Group of Five Women Poets without Edith, in Paris, Athens, Marseille, and Bordeaux, and teaches writing workshops in schools, through the International Centre for Poetry Marseille (cipM). Her translation projects into English include work by Peter Gizzi (Un bureau sur l’Altantique, cipM), Lorrine Niedecker (Action Poétique n°163), and Joan Retallack (Un bureau sur l’Atlantique, cipM), and she is the author of four poetry collections: Point de fuite (Fidel Anthelme X, 2001), On a toujours été séparés (Fidel Anthelme X, 2005), Les miettes (les éditions précipitées, 2007), and Rappel (Bleu du ciel, 2007).
Virginia Konchan is the author of Vox Populi (forthcoming, Finishing Line Press).  Her poems have appeared in The New Yorker, Best New Poets, The Believer, The New Republic, and Verse, her criticism in Boston Review and Jacket2, her fiction in StoryQuarterly and Joyland, and her translations in Asymptote and MCM Press (forthcoming).   Co-founder of Matter, a journal of poetry and political commentary, she lives in Montreal.

Elles Cherchent

18 octobre 2003

Dans l’autobus, au large du cimetière Montparnasse  – elle n’y repose pas- 
fragment en arrière plan: Le Cavalier King Charles

“Au premier novembre, le matin ensoleillé (très)
Sur la tombe de Baudelaire: mémoire visuelle
pour y retourner. A deux pas de mes jambes. Aller
retour.
Je parle, dit ce que je cherche. Elles cherchent”

Mes amours naissent en été,
et se brisent l’hiver suivant.

30 octobre 1983

J’ai beau écrire mon journal,
e parle toujours dans ma tête.

A bout de bras, les sacs avec le verre
pour le container, avec le linge sale
pour le lavomatic, avec les courses
au retour du supermarché.
Je me fais l’effet d’être une bête de somme. 

Enterrée dans le caveau familial,
à la place de sa mère,

dans la tombe du père.

1er novembre 1983

 Quand j’étais petite, j’étais beaucoup
plus dans le monde des humains.
Maintenant, plus je grandis,
plus je rentre dans le monde des livres.
Quand je ressusciterai, je serai livre.

31 octobre 2003

Antonine Maillet
Marguerite Duras
Pascale Roze
Elsa Triolet
Paule Constant
Anna Langfus
Simone de Beauvoir

Sept pour cent des prix Goncourt sont des femmes.

Encore combien à attendre avant
de replonger dans l’eau?

Et soudain, dimanche soir, l’envie irrépressible
d’écouter le Requiem de Mozart.

Elle disait parfois de ses yeux
des “yeux de chat”
et aussi que sa figure était affreuse

1er novembre 2003

Un clair et grand soleil dehors.
Et le gazouillis des oiseaux.
Presque un temps de printemps.

 Quand il a pris ma main
la première fois,  face à l’île Maire
au bout du monde.

La pacotille des colliers, des bracelets
aux couleurs qui brillaient.

L’encre turquoise du feutre fin sur
les cartes qu’elle m’envoyait.

Ses ongles noirs de tabac.

De longs silences au téléphone.

Tristesse de Pâques
Tristesse de Noël
Tristesse du 15 août
Tristesse du 11 novembre
Tristesse des Cendres
Tristesse de la Pentecôte

A Fontenay-sous-bois, un soir
on écoute un disque de tcha-tcha-tcha,
on mange du Boursin au poivre

et on rit

11 décembre 1983

 Huguette est la première à avoir aimé
mon histoire, au point de me prendre
dans ses bras et de me ronger de baisers.

 Quand j’étais enfant, je me demandais
si, en mettant trois personnes au même
endroit; et si ces trois personnes faisaient
dans la journée exactement les mêmes
activités au même moment, si ces trois
personnes donc, feraient dans la nuit
les mêmes rêves.

Ma clé s’est cassée à l’intérieur de la serrure.

Tristesse de septembre
Tristesse de mai
Tristesse du nouvel-an
Tristesse de février
Tristesse de l’hiver
Tristesse du printemps

Elle avait écrit un poème sur moi.
Elle m’avait offert un canevas.
Et plus tard, une trousse de toilette.
Et “Lullaby” de Le Clézio.

( – Retrouver le passage
où l’on parle de livres brûlés
et des mots qui retournent
là d’où ils viennent – )

J’écrivais dans le noir,
et les lignes tordues se superposaient.
Comme le journal commencé

21 octobre 1983

il y a vingt ans maintenant
jamais interrompu depuis.
A une période de l’adolescence,
je ne notais plus les dates.

Pourquoi “Le Cavalier King Charles”
s’est-il trouvé retranché de mon rayon
poésie pour être posé sur l’étagère du
salon, le jour de sa mort?

22 octobre 2003

A la lumière du couchant, soudain,
devant nos yeux,
le Mont-Blanc et la chaîne des Alpes,
se découpant, nets,
comme s’ils étaient tout près.

Il y a les ports et les villes
traversées par un fleuve.
Je préfère, et de loin, pour toujours,
la première catégorie.

Et plus tard encore, 
“De Natura Rerum”de Lucrèce.

11 septembre 2003

Il y a trente ans, j’avais neuf mois
quand les militaires ont fait
leur coup d’état au Chili.

Trente ans que Allende s’est tiré
une balle dans la tête,
plutôt que de se rendre.

Hier soir, il y avait une araignée
dans mon lit. Je l’ai écrasée avec
le livre que je lisais. Je me suis
endormie très tard, tout comme
la nuit d’avant.

Des gens mouraient dans des accidents
de voiture, et M. était enceinte.

Lui, qui fut le seul à consoler mes pleurs.

J’ai trouvé un raccourci pour rejoindre
les rues commerçantes.

“Les idées viennent en marchant.”

Sur une feuille froissée, non datée,
au bas d’un poème  -Signes-
de Reverdy, recopié à la machine:

“Ca pourrait aller, Sarah,
pour une émission qui parle de Pâques (?)
ou pour s’endormir
Merci pour ta lettre et les scoubidous.”

1er novembre 1983

On n’est pourtant pas le printemps?
-Si, dans les livres. Donc pour moi aussi.
J’ai toujours l’impression qu’on est la journée
du bleu ou du printemps.
Serait-ce parce que je lis?

J’ai sauté dans le train, ou plutôt
il  m’a poussée, et puis le train a démarré.
Très vite, nous avons vu la pluie.
Un asiatique m’a demandé: “C’est l’automne?”
Je lui ai répondu: “Demain”.

Je lavais mon linge dans l’évier, l’eau débordait
et inondait la cuisine.

Je fais une chose pendant que j’y pense,
quitte à ce que tout soit dans le désordre.

Quitte à ce qu’il faille tout recommencer après.

Hier, j’ai raté ma soirée sur toute la ligne.

À Granville, un été, on cueille les fraises
des bois du jardin. Un soir, ma main
s’accroche dans une toile d’araignée
au bas de l’escalier.
Huguette console mes pleurs.

16 octobre 2003

Pendant six stations ligne 7, avec Godard.
Godard descend à Jussieu.
L’image de Godard sortant du métro,
poussant les gens -”Pardon”-

Et les gens qui le laissent passer,
comme un simple passager,
parce que la plupart, à l’exception
de deux personnes, ne l’ont pas reconnu.

*                                               

Le bruit de la fourchette qui tombe
au sol me casse la tête.

J’aimerais être dans un restaurant chinois
à Belleville avec B. et parler en fumant
des Marlboro light.

J’ai en ce moment la peur panique de voir
mes manuscrits en proie aux flammes.

“Pourquoi tu voudrais reprendre son nom?”,
m’a dit L., à qui je soumettais l’idée qui m’a
traversée un instant, le jour de sa mort,
de reprendre MON nom.

 
4 janvier 1987

 Je me rappelle le rire d’Huguette souriant de
toutes ses dents jaunes, stupéfaite que je
n’aie pas mes règles.

11 décembre 2003

L’amie d’enfance musicienne, rencontrée
il y a vingt ans maintenant.
On dessinait. On répétait des pièces.

On enregistrait des histoires sur cassettes,
avec guitare et bruitages. On jouait au
tennis sur les terrains vagues de la Z.A.C,
à Aix-en-Provence.

Sunday, Suburbs, Solitude

Autour du lac
et sous les arbres

des silhouettes
avec leur parapluie.

Lui, qui me laissait écouter la radio
reliée à l’oreillette de mon walkman,
quand nous sortions marcher.

Quelqu’un fait ses gammes après le repas.

15 janvier 1984

Maman ne m’a pas trop grondée, s’apercevant
il y a de cela 20 secondes
que j’écrivais derrière la porte de la cuisine ouverte pour y récolter de la lumière.

Et deux pastels du 10.10.93

1er février 2004

Je me suis ébouillanté le pied
hier. J’ai des aphtes.
Toujours mal où je suis tombée
le jour de la mort d’Huguette.

Parfois, je me dis “Révolution!”
Parfois, je me dis “Vivement le printemps!”

Et puis, je prends mon manteau,
et je vais au ciné.

Les livres sur les étagères de son
“appartement anglais”.

Les tableaux, les chats.
Ses accoutrements, ses jupes bariolées.

Son fard à paupières, son rouge à lèvres.

Quand il m’a reconduite, un jour de neige
à la gare.

Dans “Tout va bien”,
dans le rôle de Georgette,
qui occupe une usine et
téléphone à son mari
pour le prévenir qu’elle ne rentrera pas,

j’avais trouvé qu’elle jouait bien.

Merci chère Sarah pour ta bonne carte. Si
j’avais ton N° je t’aurais appelée. Moi
aussi j’étais très heureuse de ce déjeuner.
Où irais-tu à l’étranger?..
Mon appartement est toujours bien doux et
bien “vert”. Les bouleaux sont superbes. Je
sors beaucoup et vois beaucoup d’amis,
écris peu. Nouvelle machine à écrire,
pourtant. On me propose une exposition de
mes pastels, mais je ne sais si j’aurais le
temps…Voudrais bien.
Encore au plaisir de te lire. Et je
t’embrasse
fort.
Huguette. 

Les heures qu’elle passait dans les cafés.

Sa petite silhouette ronde.

La montagne Sainte-Victoire qu’elle disait “vivante”.

Cette phrase que j’avais écrite, et qu’elle trouvait belle.

J’avais visité les studios de
France-Culture avec elle.

On avait parlé de Marina Tsvétaéva.
Puis, de Koltès, qu’elle ne connaissait pas.

Elle m’avait amenée à l’Archevêché, voir
un
opéra de Lulli.
Elle laissait traîner des manuscrits dans
notre salon, l’été, que je lisais sur des
feuilles très fines tapées à la machine et
raturées.

Elle dormait en mettant une planche de
bois sous son matelas.
Elle voulait toujours démêler mes cheveux.
Elle m’apprenait à me tenir à table.

Un jour, elle riait seule dans la cuisine.

Jan 97

Merci pour tes voeux.
Sarah. Tu trouveras mon livre,
à Marseille ou
Aix, ainsi qu’une anthologie qui précède. Je lirai
attentivement ce que tu m’enverras.

Trois minutes de silence ce matin pour
les victimes des attentats.

Lui, qui me surnommait “la gauchiste”.

Le vide qu’elle avait fait autour d’elle.

L’euphorie des nuits blanches qu’elle “adorait”.

Sa voix, sourde et pincée.

– Mes textes que je ne
lui ai jamais envoyés –

Comme si l’argent, comme si
la maladie, n’existaient pas,
seule et pauvre

elle écrivait.

   La dernière fois que j’ai parlé à ma tante
Huguette c’était au téléphone, il y a trois
ou quatre ans, je ne sais plus, il faudra
que je retrouve.

Elle aurait eu 72 ans en novembre. Elle
aura passé 42 années de sa vie sans me
connaître, contre 30 en me connaissant.

Je ne lui dirai jamais que “Le Cavalier
King Charles” fut un livre important.

Ses derniers mots étaient:
“Tu n’es qu’une petite salope.”

*

Je perds du temps. Beaucoup.
J’attends. Beaucoup.

Je suis abonnée aux histoires à distance.
Je suis celle qui reste.
Je suis la femme du port.

Soleil-pluie-soleil.

Un sac qui s’ouvre et se vide comme des entrailles.

Il était six heures du soir,
les grilles du parc étaient fermées

8 août 2003

En voiture aux abords de La Cavalerie,
avec ma mère, trente ans après.

Dans le retroviseur, les embouteillages,
et le Larzac desséché par la canicule.

A travers la vitre, je filme le décor d’un rassemblement mythique,
dont je n’ai pas de mémoire propre.

                                     *

18 octobre 2004

Le cimetière de Bagneux.
Les peupliers jaunes et scintillants.

Des juifs, rassemblés en cercle,
secouent leurs mains mouillées.

Avenue des Noyers Noirs.
Carré 71.

Les tombes en silence.
Le soleil m’est favorable.

On regardait Mars et les étoiles dans le ciel.

On a crevé cet été, les artistes,
les vieux, les actrices, les arbres.

Elle fut enterrée par une belle journée.

They Are Searching

October 18, 2003

On the bus, beyond Montparnasse cemetery,
where she has not been laid to rest,
a fragment in the background: Le Cavalier King Charles

“November 1st, the radiant morning (incredibly so)
On Baudelaire’s tomb: a visual memory to return to.
With just two steps. There and back.
I speak, say what I am looking for. They are searching.”   

My loves are born in summer,
and break apart the following winter.

October 30, 1983

It’s no good writing in my journal
I keep talking incessantly,
regardless, in my head    

At arm’s length, bags containing
glass, dirty laundry for the
Laundromat:  errands,
upon returning from the market.
In effect, I have become a beast of burden.

Buried in the family vault,
in place of her mother,
in the grave of her father.

November 1st, 1983

When I was young, I lived more
in the world of humans. Now,
the older I get, I return more
to the world of books.
Once resuscitated, I will be a book.

October 31, 2003

Antonine Maillet
Marguerite Duras
Pascale Roze
Elsa Triolet
Paule Constant
Anna Langfus
Simone de Beauvoir

Seven percent of the Goncourt prizewinners are women.

How long to wait before
diving again into the sea?

And suddenly, Sunday night, irrepressible desire
to listen to Mozart’s Requiem.

She said sometimes her eyes
were the eyes of a cat
And also that her figure was frightful

November 1st, 2003  

A clear and large sun outside.
And the chirping of birds.
Almost Spring weather.

When he took my hand
the first time, before l’île Maire
on the other side of the world.

The costume jewelry,
cheap bracelets of brilliant hue.

Turquoise ink of a felt tip pen
on postcards she sent me.

Her nails stained black from tobacco.

Long silences on the phone.

Sadness of Easter                
Sadness of Christmas
Sadness of August 15th
Sadness of November 11th
Sadness of Ash Wednesday
Sadness of Pentecost

One night, at Fontenay-sous-bois,
we listen to a cha-cha album,
we eat peppered Boursin

and we laugh

December 11, 1983

Huguette is the first to have loved
my story to the point of taking me
in her arms and smothering me with kisses.

When I was a child, I asked myself
if one put three people together
in the same place; and if that day
those three people did exactly the same
activities at the same time, if those three
people would, therefore, dream that night
the same dreams.

My key remained broken, inside the lock. 

Sadness of September 
Sadness of May
Sadness of New Year’s
Sadness of February
Sadness of Winter
Sadness of Spring

She had written a poem about me.
She had offered me a canvas.
And later, a bag of toiletries.
and “Lullaby” by Le Clézio.

(- Rediscovering the passage
that speaks of burned books
and of words that return
from whence they came -)

I wrote in darkness,
and the twisted lines
superimposed themselves.
Like the journal beginning   
– on  October 21, 1983

twenty years ago now,
uninterrupted. At one point
in adolescence, I stopped
writing down the dates.

Why was “Le Cavalier King Charles”’
removed from my poetry shelf, and placed
on the living room shelf, on the day of her death?   

October 22, 2003

In the light of the setting sun, suddenly
right in front of our eyes, Mont Blanc
and the mountain range of the Alps
seem to eclipse each other.

There are port cities and cities
crossed by a river. 
I prefer, by far, and forever,
the former.

And again later,
“De Natura Rerum” by Lucrèce.

September 11, 2003

Thirty years ago, I was nine months old
when the militants performed
their coup d’état in Chili.

Thirty years since Allende shot
a bullet into his head,
rather than surrendering.

Last night, there was a spider
in my bed. I crushed it with
the book I was reading. I fell asleep
very late, just like the night before.

People die in car accidents.
And M. was pregnant.

He, the only one who comforted my tears. 

I found a short cut connecting
the shopping streets.

“All truly great thoughts are conceived by walking.” 

On a crumpled paper, undated
underneath a poem – Signs – by Reverdy,
copied on the typewriter:
“It might work, Sarah,
for a broadcast about Easter
or to fall asleep to.
Thank you for your letter and Scooby Doos.”

November 1, 1983

It’s not Spring, though, is it?
Wait, yes – in books. Therefore, for me too.
I always had the feeling that we are  
in the time of blue, or Spring.
Is that because I read?

 I jumped on the train, or rather
he pushed me, and then the train started.
Very quickly, we saw the rain.
An Asian asked me: “Is it Fall?”  
I replied: “Tomorrow.”

I was washing my laundry in the sink,
the water over-flowing, flooding the kitchen.

I do only one thing while I’m thinking,
even if it means leaving everything in disorder.

Even if it means having to start all over again afterwards.

Yesterday, I totally made a mess of my entire evening.

In Granville, one summer, we pick strawberries
from the garden. One night, my hand catches
a spider web at the bottom of the stairway.

Huguette comforts me, dried my tears.


October 16, 2003

Passing six stations on Line #7 with Godard
Godard gets off at Jussieu.
The image of Godard getting off the subway,
pushing past people – “Excuse me” –

And the people that let him by,
like a simple passenger,
because for the most part, with the exception of
two people, no one recognized him.

*

The sound of the fork falling
to the ground drives me crazy.

I would like to be in a Chinese restaurant
in Belleville with B. and talking while smoking
Marlboro Lights.

I panicked at the following
vision:  my manuscript
going up in flames.

“Why would you want to take her name?”
L. asked me, to whom I submitted the idea that
had suddenly occurred to me, the day she died,
to take back MY name. 


January 4, 1987

I recall Huguette’s laughter, smiling
with all her yellow teeth, incredulous
that I don’t have periods yet.


December 11, 2003

My childhood musician friend,
whom I first met twenty years ago now.
We drew together. We performed plays.

We recorded stories on cassette tapes, with
guitar and sound effects. We played tennis
on the undulating terrains of the Z.A.C.
in Aix-en-Provence.

Sundays, Suburbs, Solitude

Around the lake
and under the trees

Silhouettes
with their umbrella.

Him, who let me listen to the radio
connected to the earpiece of my Walkman,
when we were out walking.

Someone practices their scales after dinner.


January 15, 1984

Mummy didn’t scold me overmuch when she noticed,
20 seconds later, I was writing behind the kitchen door
left open to let in light.

 
And two pastels from 10/10/93.


February 1, 2004

I scalded my foot yesterday.
I have canker sores.
Still sore from having fallen
the day that Huguette died.

Sometimes, I say to myself “Revolution!”
Sometimes, I say to myself “I can’t wait for Spring!”

And then, I take my coat,
and I go to the movies.

The books on the shelves
of her “English apartment.”

The paintings, the cats.
Her paraphernalia, her multi-colored skirts.

Her eye shadow, her lipstick.

When he drove me back to the station,
one snowy day.

In the movie “Tout va bien” (“Everything’s fine”),
Georgette works in a factory and calls her husband
to warn him that she wouldn’t be coming home.
I thought she played the part well.  

Thank you dear Sarah for your kind postcard.
If I had your number, I would have called you.
I really enjoyed our lunch too.
Where will you go abroad?
My apartment is still very sweet and “green.”
The birch trees are doing fantastic. I go out frequently
and see lots of friends, write little.
New typewriter though, however. I have been offered
an exposition of my pastels, but I don’t know if I’ll have the time…
I’d like to. I’d love to hear from you again. Big hugs and kisses.

The hours that she spent in cafés.

Her little round silhouette.

Mount Sainte-Victoire, she called “alive.”

This sentence that I wrote, she found pretty.

I had visited the studios
of France: Culture with her.
We spoke of Marina Tsvetaeva.
Then of Koltes, whom she didn’t know.

She had taken me to the Théâtre de l’Archevêché,
to see an opera by Lulli.
She let her manuscripts lie around our living room,
typed out on thin pages and crossed-out
that I would read in summer.

She slept with a wooden plank under her mattress.
She always wanted to muss my hair.
She taught me table manners.

One day, she laughed alone in the kitchen.

Jan 97

Sarah, thank you for your good wishes.
You can find my book either in Marseille or Aix,
as well as my anthology that preceded it.
I will read carefully what you send me.


Three minutes of silence this morning
for the victims of the attacks.

He, who nicknamed me “Lefty.”

The void that she had made around herself.

The sleepless nights (nuit blanche)
she claimed to “adore.”

Her voice, muted and strained.

–  My texts, that I never sent her  –

As though money, as though
Sickness didn’t exist
alone and poor
she wrote to me.

The last time I talked to my aunt
Huguette it was by phone, three
or four years ago, I’m no longer sure.
I must find a way to return to her. 

She would have been 72 this November.
She would have known me for 30 years;
I had been a stranger to her for 42.

I will never be able to tell her that “Le Cavalier King Charles” is an important book to me.

Her last words were:
“You’re nothing but a little bitch.” 

*

I’m wasting time. Lots.
I’m waiting. Lots.

I subscribe to stories from a distance.
I am the one that’s left.
I am the woman of the port

Sun-rain-sun.

A bag that opens and empties like entrails.

It was 6 p.m.
The park’s gates were closed.


August 8, 2003

Driving along the outskirts of La Cavalerie,
with my mother, thirty years later.

In the rear-view-mirror, stopped traffic
and the limestone plateau of Larzac
dried out from the heat wave.

Through the car window, I film the scenery
of this mythical mirage, of which I now
have no actual memory.


October 18, 2004

The Bagneux cemetery.
The sparkling, yellow poplars dazzle the eye.

Several jews gather in a circle,
shaking their wet hands.

Avenue des Noyers Noirs.
Carré 71.

The tombs in silence.
I benefit from the sun.

We gaze at Mars and the stars in the sky.

We died that summer, the artists,
the old people, the actresses, the trees.

She was buried on a beautiful day.