One sentence says to the other that the tree is a metaphor waiting to be killed.

Language: French
Poet: Mohammed El Amraoui
Translator: Sam Ross

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One sentence says to the other that the tree is a metaphor waiting to be killed.

Two poems by Mohammed El Amraoui, translated by Sam Ross

These poems are from Mohammed El Amraoui’s Stories, Scores, and Photographs, a book that I love for its energetic depiction of figures and voices engaging with a complex, contemporary, and violent world.

—Sam Ross 

Mohammed El Amraoui was born in Fes, Morocco, and currently lives in Lyon, France. He writes in French and Arabic. His books include The Moon, The Divisions (Poésie-Rencontres, 1997), On This Side and Around It (L’Idée bleue, 2006), and The Birth of Things (Dumerchez Naoum, 2008).
Sam Ross’s own poems have appeared in Tin House, Gulf Coast, Indiana Review, Bat City Review, and Guernica, among other journals. His translations of Mohammed El Amraoui appeared in Poems for the Millennium, Volume IV: The University of California Book of North African Literature, edited by Pierre Joris and Habib Tengour.

H.

Il est étrange l’arbre
là-bas,
comment ça s’appelle,
dit H.
Si tu ouvres la fenêtre
vers cinq heures
du mat, tu verras
un type
qui rôde autour,
fait sa vidange,
puis encore fait le tour
comme pour chercher
quelque chose
puis gare ensuite
ses fesses sur le banc
à côté. Et c’est tous les jours
comme ça.
Rictus dilaté
par la peur,
sorte de sourire dévié.
Visage antique
à hauteur de non-sens :
comme épaisse
hétérogénéité, brune
foncée ou surface
criblée de balles.
Boutons noirs
et trous sourds
de toutes le tailles.
En diagonale, une cicatrice
marque un vieux
litige avec le monde.
La tête de ma mère, il est
étrange et barge cet arbre
qui pond chaque nuit
un mec pour pisser
sur sa tranche.
Tu vois
le paquet d’Camel,
y a quoi
sur le paquet
d’Camel,
y a un chameau,
et si tu vois bien entre
les deux pattes derrière
tu verras un type en miniature
qui pisse. Et c’est pareil.
Toutes les nuits. Toutes
les nuits, je le vois, ça
me réveille putain
et je dors pas loin. Et
j’arrive pas à piger.
Ma moelle atteint
les quatre vingt piges
dans un corps de trente cinq.
Et le ciel tout entier
s’engage à gauche
puis s’efface.
Je suis être sans ciel.
Sur les murs, des fenêtres
suspendues
frôlent le chaos.
Deux pigeons
au ras de nos têtes
s’envolent ta ta
tel un éclat de rire
affolés par une pluie
de miettes
puis se posent sur la route.
Sur l’un d’eux, parmi
les plumes blanches
jaillit une queue à
dominance de gris.|
C’est une femelle qu’ils
viennent de rap
porter ici
pour sur
peupler les toits
de merde, de
résonances et de
funèbres arômes
dit H.
Fausse vie, roucoule !
Et la vie fausse
rou
coule
entre les dents et sous
les dents
mauves de barbus
qui, semble-t-il, assiègent
le rêve de toutes parts.
Je les ai vus
une fois encore
je monte je monte
les escaliers, la porte ouverte
entr’ouverte en pleine nuit.
Et l’étincelle.
Ils chauffent les lames.
Le tintement et le marteau
le chalumeau et les épées
et construisent le plan d’une ville
sainte
en fonction des projectiles.
La lumière maintenant
est une écume verte
le vent une toupie
qui décrit
des tournoiements de poussières
et d’idées durcies
par dessiccation
l’immeuble brandit
une pancarte
sur le toit
parmi les miroirs
paraboliques des antennes
où convergent
les fantasmes et les nerfs
splanchniques
la rue s’évase
dans une démarche de femme.
Le tout secoué par un
crachat de H.
au milieu d’une phrase.

H.

It’s strange, that tree
over there
what’s it called,
says H.
If you open the window
at five
in the morning, you’ll see
the type
that drives around,
changing his oil,
then does the rounds again
as if looking for
something 
then parks
his ass on the bench
nearby. And it’s always 
like that. 
Grin gaping
from fear,
a deflective smile. 
Elderly face
at the height of nonsense:
deep
sameness, dark
brown, a surface
riddled with bullets.
Blackheads
and pockmarks
of all sizes.
Diagonal, a scar
marks an old
dispute with the world.
My mother’s face, crazy
and strange, that tree
which each night
conjures a guy to piss
on its roots. 
You see
that pack of Camels,
what’s on
the pack
of Camels,
it’s a camel
and if you look close between
the two hind legs
you’ll see a little guy
pissing. And it’s the same.
Every night, every 
night, I see it, 
it fucking wakes me up
and I can’t go back to sleep. 
And I just don’t get it.
My spine feels eighty
in a body of thirty five.
And the whole entire sky
begins to the left
then erases itself.
I am skyless.
On the walls, some windows
dangling
graze the chaos.
Two pigeons
at eye level
take off, ta ta
like shards of laughter
terrified by a rain
of crumbs
alight on the road.
On one of them, among
white plumes
bursts a line
of stark gray. 
It’s a female that they
have just brought here
to overcrowd the roofs
with shit, with
echoes, with
deathly smells
says H.
False life, coo!
And false life
coo
coos
between teeth and on
the purple
teeth of bearded men
who, it seems, besiege
the corners of every dream.
I saw them 
once, again
I climbed, I climbed
the stairs, the open door
ajar at night.
And the spark.
They heat the blades.
Clank and hammer
blowtorch and swords
and they construct a plan for a holy town
in the path of projectiles. 
The light now
is a green foam;
the wind, a spinning top
that describes
twirling specks of dust
and thoughts hardened
by desiccation
the building brandishing
a sign
on the roof
among the mirrors,
the parabolas of antennas
where spirits 
and splanchic nerves
converge
the road widens
in a woman’s steps.
All this is shaken
by H. spitting
in the middle of a sentence.

J.

Midi
ronfle dans
un drap de plomb.
L’air
est marqué par
une fièvre humide
et je ne sais
pourquoi
je pense
tout à coup
à ces toux insolites
que crachait
ma grand-mère
sur son lit d’adieu.
Les mégots s’arrangent
pour donner a la pièce
la forme d’un échiquier
sans rois
où eux
jouent le rôle
de quelques pions
suicidaires.
Je retrouve sur mon visage
les questions morbides
d’hier soir.
La belle-mère de J.
dort sur le canapé
avec ses boucles d’oreilles
en plastique rouge-orange
et sa divinité africaine
dans le cou.
Sa main caresse l’absence
de son vieux copain
qui l’a abandonnée
pour une jeune fille savoyarde
rencontrée sur la place
d’Italie à Paris
et baisée dans un
stage de sculpture
dans la banlieue de Marseille.

Suivant son rituel
dès le réveil,
elle chante un bout du
requiem de Fauré
puis raconte son rêveinachevé
ou son vieux copain
lui serre la poitrine
amoureusement, puis le cou…
L’agacement
règne sur les murs.

En bas
la rue est comme
sur la photo que j’ai déposée
sur le radiateur :
une vielle se tord le corps
pour regarder le ciel
tandis qu’un chat noir
se prend pour une voiture
au milieu de la route.
Un homme jette des
prospectus du quatrième étage
pour garnir la pelouse.

Et moi
je continue a chercher
des phrases
dans l’angle du nuage
suspendu sur l’immeuble.
Je ferme la fenêtre
comme je ferme un livre
fantastique
afin d’empêcher un réel
sordide
de pénétrer ma tête
faite de mensonges
d’ombres et de voyelles.

Je descends les escaliers
enveloppés d’une puanteur
massive
et je retrouve les phrases
dans un arrêt de bus
face aux arbres malades
qui attendent d’être décimés.

Un phrase dit a l’autre
que l’arbre
est une métaphore
qui attend d’être décimée.
Et nous
face à elle
nous respirons le huiles
de quelques feuilles écrasées
par des passants désolés
et nous prétendons
détenir une colère
qui exprime leur destinée !
Le hasard saute
sur mon épaule
et je profère sans le connaître
un mot de plus
pour attirer l’attention
sur mes dents

dans le présent de la rue.
Amour, esprit, insulte ou
investigation
je ne sais plus, mais
les phrases commencent
à aborder ma névrose
complexe avec une douceur
Presque louche.

La belle-mère de J. ouvre
la fenêtre et jette mon réveil
nerveusement.
Je monte dans le bus
laissant alors les phrases
contempler leur sens.
Je pourrais imaginer
que les chiffres
éparpillés sur le trottoir vont
annoncer mon prochain poème.

J.

Noon snores under
a leaden sheet. Air is touched
with a humid fever,
and I don’t know why
I think suddenly
of those bizarre coughs
spat by my grandmother
on her deathbed.
Cigarette butts arranged
to give the room
the appearance of a chessboard
without a king,
where they play the role
of suicidal pawns.
On my face I find
morbid questions
from last night.
J’s stepmother
slept under the canopy
wearing red-orange
plastic earrings
and her African divinity
around her neck.
Her hand feels the absence
of an old boyfriend
who abandoned her
for a girl from Savoie
he met in the Place d’Italie
in Paris, and fucked
in a sculpture studio
on the outskirts of Marseilles.
Following her waking
ritual, she sings a bit of
the Fauré requiem, describes
her unfinished dream
where her old boyfriend
squeezes her breasts
lovingly, then her neck.
Unease reigns
over the walls.

Downstairs
the street is like the photo
I left on the radiator:
an old woman twisting her body
to look at the sky
while a black cat
thinks he’s a car
in the middle of the road.
A man throws leaflets
from the fourth floor
to decorate the lawn.
And me—
I continue to look
for sentences in the corners
of clouds hanging from the building.
I close the window the way
I close a book of fantasy,
so as to prevent the sordid
reality from penetrating
my head of lies, shadows,
and vowels.

I descend the stairs
enveloped in a massive stench
and I find the sentences
in a bus stop opposite sick trees
waiting to be chopped down.

One sentence says to the other
that the tree is a metaphor
waiting to be killed.
And we confront it, we breathe oils
of leaves crushed by sorry passersby
and we claim to have an anger
expressing their destiny.
Chance leaps on my shoulder
and I utter without knowing it
another word drawing attention
to my teeth in the street’s present.
Love, mind, insults or investigation—
I don’t know,
but the sentences begin to address
my neurosis with a sweetness
that is almost suspicious.

J’s stepmother opens the window
and nervously tosses out my alarm.
I step on the bus, leaving the sentences
to contemplate their meaning.
I can imagine the scattering
numbers on the sidewalk
announcing my next poem.